Elephant dream

Espace Oroeil n°5


Elephant Dream


© Kyriakos Kaziras

 

De couleur crème, légèrement recourbée, striée de noir, de larges rainures sur toute sa longueur creusées au fil du temps, sa pointe est abimée, arrondie par le temps et les travaux effectués, un creux est marqué à quelques centimètres de l’extrémité,

Elle pèse plus de trente kilos, la défense gît sur le sol. Elle repose au bas d’une pile gigantesque, sur laquelle s’empilent des dizaines de défenses d’éléphants reprises aux braconniers. Une colonne de fumée grise s’échappe de cette pile, elle s’épaissit au fur et à mesure que le feu grandit. L’ivoire brûle.

Dans mon esprit se forme l’image de l’interminable colonne d’éléphants que représente cette montagne d’ivoire. Elle avance doucement et silencieusement dans la savane. Seul est audible le craquement des feuilles et de petites branches sous leurs lourds pas. Les éléphants marchent silencieusement en file indienne suivant la matriarche vers le prochain point d’eau.

Difficile d’imaginer les plaines du Serengeti ou du Masai Mara sans ces géants. Et pourtant, les chiffres sont effrayants.

25.000 à 30.000 éléphants sont abattus chaque année sur le continent africain. La conséquence est dramatique: additionnées, les morts naturelles et celles imputées aux braconniers surpassent le taux de reproduction de l'espèce.

Si rien n’est fait, il n’y aura plus aucun éléphant en Afrique d’ici deux décennies. C’est à peine croyable. La guerre bat son plein et les éléphants semblent condamnés.

L’Afrique de l’Est connaît le plus fort déclin de cette espèce. En 2015, la Tanzanie annonce une chute de 63 % de la population d’éléphants en cinq ans. Le gouvernement tanzanien sidéré par les chiffres, a pensé à une erreur et fait procéder au comptage une seconde fois En vain, les chiffres étaient exacts.

La population d’éléphant d’Afrique était estimée à 20 millions au début du XXe siècle. Après les chasses massives, la disparition de leur habitat et le braconnage qui s’intensifie, la population tombe à 1,2 million en 1980. Seuls survivaient en 2013 en Afrique, 470.000 individus à l'état sauvage. En 201 !, ils sont vraisemblablement moins de 350.000.


En 2015, le Kenya et l’Éthiopie décident de brûler plusieurs tonnes d’ivoire, représentant plusieurs dizaines de millions de dollars. Dans un effort sans précédent, le 30 avril 2016, le Kenya brûle 105 tonnes d’ivoire, soit la totalité de son stock représentant près de 5% du stock mondial.

Le Gabon, le Botswana, le Tchad, l’Éthiopie et la Tanzanie ont demandé un moratoire d’au moins dix ans sur toute vente d’ivoire, le temps de stabiliser leurs populations d’éléphants. 

A l’échelle locale de nombreuses initiatives tentent à leur échelle de protéger les éléphants, et de manière plus globale la faune sauvage.

En bordure du parc national de Kibale, en Ouganda les villageois cultivent du maïs, des bananiers, du millet…Ces cultures attirent les éléphants, les babouins et les chimpanzés qui vivent dans la forêt. Ils détruisent les plantations et ruinent les familles. En réaction, les villageois tentent de protéger leurs cultures des « pilleurs », y compris par le braconnage.

Le projet Bee Responsible est simple et astucieux. Il consiste à placer des clôtures de ruches : suspendues et reliées entre elles par des câbles métalliques ; elles sont placées entre la lisière de la forêt et les plantations. Les éléphants, très sensibles aux abeilles, rebroussent chemin après avoir communiqué leur peur à leurs congénères. 

Débuté il y a quelques mois, ce projet permet aux villageois d’éloigner les éléphants de leurs cultures et de compléter leurs revenus par la vente de miel aux lodges à proximité, un miel au parfum d’harmonie et de réconciliation.

La préservation des éléphants passera nécessairement par une véritable volonté des gouvernements de combattre la criminalité organisée autour de l’ivoire, mais également par la nécessaire implication des populations locales.

En espérant que mes photos ne deviendront pas des images d’archives d’un passé révolu, mais continueront à être dans l’avenir le reflet vivant du plus grand mammifère terrestre.

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